Centre d'Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Arts Cinéma
Appel à communications " Interdisciplinarité et analyse des relations entre sciences, environnement et savoirs". Journée d'étude 22 janvier 2018. Date limite 15 décembre 2017
Journée d'étude organisée par l'axe "Représentations et pratiques des sciences de l'environnement et des savoirs contemporains" Equipe CERILAC 4410

Appel

Le point de départ de cette proposition de journée d’étude portant sur les conditions épistémologiques, pratiques et institutionnelles de l’interdisciplinarité autour des problèmes socio-environnementaux est assez simple : les problèmes environnementaux décrits par les agences intergouvernementales comme le GIEC et l’IPBES étant liés aux activités humaines, on ne les réglera pas, pas plus qu’on ne les pensera correctement, depuis le seul point de vue des sciences de la nature. Symétriquement, les lettres et sciences humaines et sociales seront également impuissantes à penser et à analyser l’environnement de manière à contribuer à rendre le monde plus habitable tant qu’elles seront mobilisées par des objectifs internes à leur dynamique propre. On partira du principe selon lequel l’enjeu n’est pas seulement de produire des connaissances « pures », ni uniquement de se positionner dans une perspective constructiviste (selon laquelle les problèmes environnementaux ne relèveraient que de constructions sociales ou discursives) mais également de prendre au sérieux les questions environnementales comme autant de véritables problèmes exigeant de chercher des solutions pragmatiques. Dans ce contexte, l’interdisciplinarité ne relèverait alors pas seulement de constructions théoriques déconnectées de toute visée pratique.

Cependant, il ne s’agit pas de promouvoir ici l’idée selon laquelle les lettres et sciences humaines et sociales devraient se mettre au service des sciences de la nature – notamment l’écologie de la conservation -, de manière à construire les conditions de possibilité d’une « acceptabilité sociale » d’un virage biocentrique ou conservationniste piloté sans réflexivité. Nous posons comme nécessaire une auto-critique de l’histoire scientifique, économique, politique, industrielle, sociale et culturelle qui a conduit au constat désastreux d’une civilisation qui envisage aujourd’hui sa propre disparition si son modèle de développement n’est pas transformé de manière urgente. Notre postulat sera que c’est par une réflexivité et une auto-critique accrues des conditions qui ont produit un monde devenu inhabitable – y compris une auto-critique des modes de fonctionnement et de la rationalité scientifiques - que l’on pourra avancer vers des solutions pratiques. Symétriquement, même si cette proposition de journée d’étude a pour origine des chercheurs en sciences sociales, il ne s’agit pas pour nous d’ériger ce champ en parangon de la pureté épistémologique et de la pensée critique : trop souvent, en effet, la « critique » se réduit à un surplomb théorique sans effet pratique sur la conduite de la recherche, sur les enseignements, ou sur l’organisation du travail dans nos établissements, quand elle ne s’exerce pas uniquement dans l’espace public médiatique, là où elle a le plus de chance d’être à la fois intégrée à la « société du spectacle » tout en restant politiquement indolore. Si l’enjeu est de construire les conditions d’une interdisciplinarité entre les lettres, sciences humaines et sciences sociales d’un côté, et des sciences de la nature de l’autre, on ne pourra pas avancer sans une remise en cause radicale et collective de nos épistémologies, mais aussi de nos pratiques, de nos cadres politiques et de nos institutions.

Dans une perspective nourrie par les acquis des études de sciences (sociologie des sciences, anthropologie de laboratoire, champ « Sciences, Technologie et Société », etc.), qui ont fourni des cadres d’analyse renouvelés du travail de la recherche, on définira (provisoirement et sans exclusive) l’interdisciplinarité autour de quatre axes d’interrogations :

• Tout d’abord, dans une perspective critique, on peut considérer l’interdisciplinarité comme un espace d’enjeux politiques et interculturels où, au sein d’un champ de concurrence et de capitaux inégalement distribués, se jouent des relations conflictuelles et des collaborations prises dans des enjeux de légitimité

• Ensuite, dans une perspective pragmatiste, l’interdisciplinarité peut également se penser comme un espace d’interactions sociales d’où peuvent émerger des innovations, largement induites par le processus des interactions mis en place lors du travail interdisciplinaire, et ne pouvant pas se résumer à l’effet d’une structure de champ

• Par ailleurs, dans une perspective plus épistémologique, l’interdisciplinarité s’inscrit, comme toute démarche de recherche scientifique, au sein d’une articulation entre conceptualisation et observation empirique, les positionnements entre ces deux pôles idéaltypiques du travail des sciences variant selon les habitudes disciplinaires, les contextes, les moments dans la carrière d’un chercheur, les nécessités de la réflexivité, ou encore selon les contextes économiques sociaux ou politiques de la recherche

• Enfin, l’interdisciplinarité est l’objet de politiques publiques et donc de cadres normatifs, organisationnels, administratifs et discursifs, élaborés en dehors de la pratique concrète du travail scientifique, et qui en orientent partiellement les conditions sociales et politiques de possibilité, ainsi que les imaginaires et rhétoriques de justification ou de disqualification

Dans ce cadre général, l’enjeu de la journée est de contribuer à repérer des personnes et des groupes – académiques ou non - intéressés par l’interdisciplinarité, et soucieux de participer par leurs témoignages, leurs propositions théoriques et leurs expériences pratiques, à l’avancée du travail scientifique et politique dans le domaine des relations entre sciences, environnement et savoirs contemporains. On attend des contributions autour des axes suivants, qui pourront être remis en cause en fonction des propositions :

Concepts et méthodes interdisciplinaires pour l’analyse des relations entre sciences, environnement et savoirs 

Patrimonialisation, conservation et gestion de l’environnement : quelles interdisciplinarités ?

Historicité et actualité des relations entre critique de sciences et environnement

Publier l’interdisciplinarité autour des relations entre sciences, environnement et savoirs

Enseignement supérieur et organisation du travail de la recherche

Politiques publiques et publics politiques

Expression culturelle et circulation médiatique des enjeux de l’analyse des relations entre sciences, environnement et savoirs

Colonialisme et post-colonialité des sciences et des questions d’environnement

L’interdisciplinarité en tension entre légitimités et interculturalité disciplinaires 

Territoires, espaces et échelles d’action 

La journée d’étude est ouverte aux collègues de toutes les disciplines de l’université. Si les propositions sont assez nombreuses, on peut envisager une durée de 2 jours.

Merci d’envoyer vos propositions à, ou de prendre contact avec Igor Babou  igor.babou@orange.fr



Directrice :

Jacqueline Nacache 

jacqueline.nacache@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 773 C

Tél : 01 57 27 54 65


Assistante :


Claude Zelawski

cerilac4410@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 777 C

Tél : 01 57 27 64 40


Site web :


Jean-François Jadaud

jadaud@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 772 C

Tél : 01 57 27 63 44