Centre d'Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Arts Cinéma
Expériences mystiques, énonciations, représentations et réécritures. Séminaire (Année 2016-2017)

Séminaire organisé par 3 doctorants de l'ED 131 "Langue, littérature, image"

Dérivé du verbe grec muô qui signifie « fermer ses yeux ou ses lèvres », le nom mustèrion a pour signification fondamentale la notion de secret. Il s’est trouvé très tôt associé au domaine religieux pour désigner des rites athéniens sous le nom de « mystères » d’Eleusis, consistant en une cérémonie où l’initié peut « voir » ce qui est caché à la vue des autres et ce qu’il doit ensuite taire. A la clé de la mystique se trouve ainsi l’idée d’une incommunicabilité, au départ conventionnelle, mais bientôt structurelle. En effet, si aux époques hellénistique et romaine, le domaine d’application de ce terme s’élargit pour désigner une catégorie particulière de religions dont l’institution repose sur l’initiation et le secret – les religions à mystère –, ce n’est qu’à partir de l’époque médiévale que la « mystique » servira à désigner une expérience religieuse personnelle intense en présence du divin, mettant au défi les capacités du langage à exprimer cette expérience ou à la représenter.

C’est sous ce second aspect que la « mystique » nous apparaît aujourd’hui. En effet, nous ne voulons pas aborder la mystique sous son aspect religieux ou communautaire, mais en ce qu’elle décrit une expérience individuelle et dans la seule perspective de son expression langagière et esthétique. Elle nous intéresse donc en ce qu’elle intervient dans une dynamique, d’une part, de création littéraire et artistique, d’autre part, de renouvellement et de réécriture au fil de l’histoire.

Nous chercherons ainsi, lors de ce séminaire, à définir certains critères de reconnaissance de cette dynamique, afin de sonder la singularité du discours mystique et de son évolution. Son origine réside dans le paradoxe d’une expérience qui, en tension entre l’impossibilité de dire et la nécessité de parler, se situe au seuil du langage et de l’ineffable, du visible et de l’invisible, du transcrit et du vécu. Le parler mystique correspond de plus, au cours de l’histoire, à une intensification du discours religieux mettant l’homme aux prises avec des notions telles que « Absolu » ou « Infini ». Ces notions sont problématiques et il convient de tenter d’en exprimer non seulement les prémisses, les conditions d’apparition, mais également les caractéristiques stylistiques de leur manifestation littéraire.

Deux questions d’ordre méthodologique se posent : doit-on considérer l’expression mystique à travers une approche historique, en prenant en compte le contexte historico-social qui la fait émerger ?

Peut-on envisager une définition du discours mystique en dehors des religions consacrées ?

Concernant la possibilité d’une approche historique, nous savons que Michel de Certeau (2013) a cherché à décrire une véritable topique visant à lire, identifier et contextualiser le genre littéraire de la fable mystique à travers l’histoire. Il limite son analyse aux XVIe et XVIIe siècles car selon lui, la littérature mystique, bien qu’elle ne commence pas au XVIe siècle, « ne se découpe un nom et une formalité propres que pendant ce siècle » (Michel de Certeau 2013). Dans ce contexte, il sera intéressant de se demander sous quelle forme la mystique est présente en dehors de cette période décrite par M. de Certeau. Est-elle seulement une « figure transitoire entre univers médiéval et époque moderne », comme le soupçonne Françoise Champion (1984) ? Jusqu’à quel point pouvons-nous partager, avec Carlo Ossola (2012), un certain scepticisme quant à la « tentative de « mettre à jour » le lexique de la mystique, de l’adapter à notre temps » ?

En ce qui concerne la définition même du discours mystique, Lydie Parisse (2012) a récemment réuni différentes études qui dessinent les caractères de l’énonciation mystique à travers les arts et les littératures, de la fin du XIXe siècle à nos jours, dans et en dehors des credo traditionnels. Un procédé semblable pourrait aussi être appliqué aux seules créations figuratives, sculpturales et performatives comme le témoigne par exemple l’exposition Traces du Sacré (Pompidou 2008), dirigée par Alfred Pacquement, Jean de Loisy et Angela Lampe, qui ont proposé un parcours autour de la question du sacré dans les arts du XXe siècle, transversal à tout discours religieux.

Nous voudrions continuer à tracer ce sillon, dans une perspective chronologique plus large en suivant les inspirations de L. Parisse, A. Pacquement, J. de Loisy et A. Lampe. Nous chercherons donc à repérer certains caractères récurrents du parler mystique et à les mettre en perspective dans des contextes historiques différents. Nous chercherons également à comprendre comment l’énonciation mystique se renouvelle à travers la relecture et la traduction de textes antérieurs et alimente ainsi un processus de création littéraire et artistique.

Tout en cherchant à interroger la pertinence d’une telle définition sur le long terme, ce séminaire de doctorants constituera peut-être une première étape vers une réflexion plus large sur l’énonciation mystique.

Les compte-rendus sont téléchargeables dans chaque séance de l'agenda ci-dessous.

Calendrier : 

vendredi 14 octobre 2016 de 16h à 19h.

vendredi 16 décembre 2016 de 16h à 19h.

vendredi 10 février 2017 de 16h à 19h.

lundi 13 mars 2017 de 16h à 18h.

vendredi 24 mars 2017 de 16h à 19h.

vendredi 21 avril 2017 de 16h à 18h.

vendredi 16 juin 2017 de 16h à 18h.

Organisation : Riccardo Raimondo, Fanny Arama, Florian Audureau

avec l’aimable soutien de Jean-François Cottier (Paris-Diderot/CERILAC).

Tout à jour sur hypothèses

Lieu :

Université Paris Diderot-Paris7

Bâtiment Grands Moulins, aile C, 6ème étage, salle Pierre Albouy

5 rue Thomas Mann 75013 Paris


Accès :

Métro ligne 14 RER C (Bibliothèque François-Mitterrand)

Tramway T3a (Avenue de France)

Bus 62, 64, 89, 132, 325


Illustration : Yves Klein, Anthropométrie de l'époque bleue (1960) - 1984 Adagp, Paris.


Agenda
Publications
Expériences mystiques, énonciations, représentations et réécritures. Séminaire (Année 2016-2017)
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Directrice :

Jacqueline Nacache 

jacqueline.nacache@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 773 C

Tél : 01 57 27 54 65


Assistante :


Claude Zelawski

cerilac4410@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 777 C

Tél : 01 57 27 64 40


Site web :


Jean-François Jadaud

jadaud@univ-paris-diderot.fr

Grands Moulins, 7ème étage, bureau 772 C

Tél : 01 57 27 63 44