Centre d'Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres Arts Cinéma
Interdisciplinarité et analyse des relations entre... Journée d'étude du 22 janvier 2018

Interdisciplinarité et analyse des relations entre sciences, environnement et savoirs.

Journée d'étude (9h-17h30) organisée par l'axe SciEns de l'équipe CERILAC, université Paris Diderot.

Coresponsables : Igor Babou et Cécile de Bary

Programme

Intervenants et résumés


Igor Babou (Paris Diderot, Cerilac) : introduction


Mélodie Faury (Directrice de la Maison pour la science d'Alsace, Université de Strasbourg) : 

« L’inter comme l’occasion de penser ses pratiques et l’occasion d’une réflexivité par l’autre - Les effets (relationnels, institutionnels, méthodologiques, politiques, épistémologiques...) de l’interdisciplinarité »


A partir des expériences de la Maison pour la science, au service des professeurs, située entre recherche et éducation, et de différents vécus de recherches interdisciplinaires, je propose d’explorer ce que l’inter de l’interdisciplinarité provoque, lorsqu’elle s’exprime dans des contextes inter-professionnels, inter-institutionnels, inter-degré, etc. L’interface entre les disciplines concentre notamment les enjeux de pouvoir, d’identité et de relation entre les disciplines, les métiers, les visions de la science. Investir l’interdisciplinarité comme un enjeu de construction et de mise en circulation des connaissances contribue à modifier profondément la manière dont les collectifs fonctionnent, et les modèles de communication convoqués dans des activités de médiation scientifique. L’inter, s’il provoque des formes de réflexivités par l’autre, amène à penser les choix, les pratiques, les cadres et offre une occasion de penser la médiation et les sciences par leurs épistémologies.


Arnaud Passalacqua (MCF Histoire contemporaine) : 

« Le master Énergie, écologie, société : l'interdisciplinarité comme réponse aux enjeux du domaine de l'énergie ? »


Le domaine de l'énergie et les nombreux défis qu'il adresse à notre société est l'un des champs où le croisement des regards disciplinaires semble le plus utile. C'est le constat qui a suscité la création, en 2014, du master Énergie, écologie, société (E2S), une formation originale dans un domaine où les sciences humaines sont souvent résumées à une approche économique ou de gestion de projet. E2S a tenté le pari de rendre des étudiants issus des sciences humaines et sociales comme des sciences de la nature capables de développer un regard le plus complet et complexe possible sur les enjeux énergétiques. Cette communication proposera un retour sur cette expérience, en tentant de jauger de ses réussites et de ses échecs et en soulignant les points où l'interdisciplinarité de la formation pose des questions spécifiques.


Suzanne de Cheveigné :

« L’interdisciplinarité sur le terrain »


Dans cette présentation, j’analyserai la mise en oeuvre d’une approche interdisciplinaire - ou, pour être plus précise, les conditions d’une présence autre que symbolique des sciences humaines et sociales - dans deux contextes qui relèvent du domaine de l’environnement. Un cas concerne le GREC-PACA, un groupe régional d’experts sur le climat établi en Provences-Alpes-Côté d’Azur et qui a pour objectif d’accompagner le collectivités territoriales, et plus largement grand public face aux évolutions attendus du climat (on trouvera ses productions ici : http://www.grec-paca.fr/cahier-thematique/). L’autre cas portera sur le fonctionnement du Groupe de Conseil pour le programme de recherche européen Horizon 2020 dans le domaine du climat, de l’environnement et des ressources naturelles, qui est chargé de contribuer à l’établissement de la politique scientifique de la Commission Européenne. Dans un cas, il s’agit de tenir un discours public interdisciplinaire, dans l’autre d’encourager à des pratiques réellement interdisciplinaires de recherche fondamentale ou appliquée. Les deux cas permettront, je l’espère, de contribuer au débat sur les conditions d’une pratique sociale de l’interdisciplinarité.


Pierre Clément :

« Quand des biologistes s’ouvrent aux Sciences Humaines et Sociales (SHS) »


L’expérience des « Boutiques de Sciences », au début des années 80, nous a fortement confrontés à l’interdisciplinarité. En tant que boutiquiers, nous ventilions les demandes sociales qui arrivaient (souvent liées à des problèmes environnementaux) aux laboratoires de recherche scientifique concernés, mais sans faire appel aux SHS, qu’on remplaçait en s’instituant capables d’analyser ces demandes et de faire les synthèses qui y répondaient.


Cette image de la pluridisciplinarité a aussi été mise en évidence en 2002 en analysant un programme de recherche pluridisciplinaire sur la forêt du Mont Ventoux. Chaque partenaire était enfermé dans sa discipline scientifique, les dimensions SHS étant l’affaire des deux coordinateurs du projet.


C’est aussi l’époque où, avec d’autres collègues chercheurs ou enseignants-chercheurs dans des disciplines scientifiques, nous nous sommes institués comme également spécialistes en SHS, avec un militantisme sur le thème « Biologie et Société », puis la mise sur pieds d’un DEA et d’un laboratoire de « Didactique des Sciences », au sein duquel j’ai poursuivi toute ma carrière. J’interrogerai son champ disciplinaire, et je prendrai quelques exemples sur l’analyse de l’éducation à l’environnement, domaine hautement interdisciplinaire et tissé d’interactions KVP entre connaissances scientifiques (K), valeurs (V) et pratiques sociales (P).


Aujourd’hui, le système éducatif reste largement cloisonné en disciplines scolaires, et les enseignants sont souvent réticents par rapport aux activités interdisciplinaires des élèves (EPI, TPE) qui sont très souvent centrées sur des questions environnementales.


Baudouin Jurdant :

« Interdisciplinarité, éclectisme et bricolage »


Il s’agirait, en partant de la défense de l’éclectisme par Diderot dans l’Encyclopédie, d’analyser les avantages et les difficultés de l’éclectisme et du bricolage face à la disciplinarité et l’interdisciplinarité. Faire feu de tout bois selon le principe feyerabendien de l'anything goes, non pas pour construire un « système » mais plutôt pour rester en alerte sur les environnements locaux du savoir et de la pensée. L’éclectisme et le bricolage sont guidés par une nécessité de pertinence locale. 


Joëlle Le Marec :

« Essais d'interdisciplinarité :  s'entendre sur des unités de savoirs - retour sur une proposition théorique (les composites) et sur des implications empiriques (vulnérabilité des sols en Afrique) »


Je pars dans cette journée d'une proposition théorique que j'ai formulée il y a longtemps (pour une théorie des savoirs comme « composites »), au moment où j'ai entrepris le dépôt de programmes de recherche collectifs interdisciplinaires fondés sur le projet de collecter des unités de savoir complexes et vivantes à partir des situations d'enquête. Quelques temps plus tard, l'implication dans la soumission d'un programme de recherche interdisciplinaire sur l'étude de la qualité des sols au Sénégal (pilotage Marc Neyrat, avec une équipe en sciences humaines et sociales, le C2SO à l'ENS de Lyon et une enquête approfondie menée par Frédérique Jankowski), a été l'occasion de mettre en place un séminaire sur l'interdisciplinarité, au cours duquel les questions des terrains et des unités conceptuelles, ont été soulevées à de multiples reprises. Je souhaiterais revenir sur ces deux moments très situés (2003 et 2009), pour réexaminer à la lumière des évolutions scientifiques et institutionnelles, la proposition d'une interdisciplinarité par la collecte d'unités de savoir, que j'appellerai « vivantes », en prenant appui sur le séminaire.


Marie Roué :

« Entre savoirs locaux et sciences, la coproduction des savoirs »


Je réfléchirai sur la proposition de coproduction des savoirs, qui se réfère à une production conjointe entre savoirs locaux/autochtones et sciences. Elle est évidemment en rapport avec l’interdisciplinarité, car le caractère holiste, inter et transdisciplinaire des savoirs locaux requière le recours à plusieurs sciences ou à une approche scientifique résolument interdisciplinaire. Mais de quelles sciences s’agit-il et quel est le rôle des sciences sociales et des sciences dures ?  S’agit-il plus souvent de technologie ou de science ? 

J’aborderai aussi les questions ontologiques, éthiques et méthodologiques. Tout d’abord, ne prend-on pas le risque, une fois de plus, de remplacer le savoir « ancestral » par un autre type de savoir venu d’une autre culture, parce qu’il est plus efficace ou simplement confère plus de pouvoir et de légitimité, non seulement à l’extérieur de ces groupes locaux et sociétés autochtones, mais également au sein même de ces sociétés ? A partir de mon expérience dans l’Arctique, mais aussi à partir des nombreuses communications que je suis en train d’éditer pour un livre qui traite de ce sujet, j’ai l’ambition d’apporter une réponse nuancée à ces questions, qui traitera donc des conditions d’émergence et de gouvernance de ces coproductions, ainsi que de la vieille question foucaldienne des rapports savoir/pouvoir. En effet plutôt que de se déclarer pour ou contre la coproduction, il me semble urgent, compte tenu du fait qu’elle a déjà lieu, d’analyser le type de complémentarité de ces différents systèmes de savoirs, ainsi que leurs relations.


Marc Neyrat 

« Quelle interdisciplinarité pour accompagner le débat citoyen?  »

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